Son corps est un territoire, dont il explore les voies et les voix. Grâce à la danse et à la parole, Norbert Sènou crée sa deuxième vie. Car la sagesse populaire béninoise voudrait que l’être ait deux vies : celle acquise par la naissance et celle qu’on se donne soi-même par une saine cause ou un noble métier. Lui, sa renaissance s’incarne sur scène. Venu en France en 1982 pour étudier à la prestigieuse école de Santé Navale de Bordeaux, Norbert Sènou a décidé de naviguer, à contre-courants, sur les eaux de sa passion : la chorégraphie. Et, il le fait si bien, avec grâce et audace. Et, le succès s’offre à lui.
Aujourd’hui, Norbert Sènou est une figure emblématique de l’univers culturel bordelais. Il dirige la Compagnie Fabre/Sènou, avec Caroline Fabre dont il est partenaire, à la ville comme à la scène. Seule compagnie de tendance afro contemporaine de la région, elle bénéficie du soutien du ministère de la Culture et des collectivités locales : ville, département et région. En outre, elle détient un agrément de l’Inspection académique. Une distinction qui permet à cette structure de former des élèves. En jetant un oeil dans le rétroviseur de la vie de Norbert Sènou, on s’aperçoit que la danse est chevillée à son destin.
Avant d’arriver en France, il écule ses souliers sur les planches de l’Ensemble Artistique des Etudiants du Bénin (EACE), ainsi que sur celles de la mythique Compagnie théâtrale de Porto-Novo Zâma âra. Pourtant, une fois à Bordeaux, cette page semblait appartenir au passé. Quand en 1983, sa rencontre avec Sylvette Nicolas de la Compagnie noire s’est montrée décisive. Il reprend goût à la danse : «j’avais envie de partager ma culture avec les Bordelais. J’ai alors enseigné des cours de danse » se souvient Norbert Sènou. Petit à petit, il délaisse les bancs de l’école de Santé navale pour se consacrer pleinement à la culture du corps. Et, tout s’enchaîne.
En 1995, il créé la Compagnie Sènou. Caroline Fabre le rejoint par la suite. La compagnie portera désormais les deux noms. Ils lancent en 1998 l’Alternative : centre de formation de danse et de création artistique. Un rendez-vous du donner et du recevoir des cultures du monde. De leur collaboration naissent plusieurs pièces chorégraphiques au nom assez évocateur : Egblémakou, Nou ni na, Ya kô tché mé bô !, …
« Et alors… Si je savais ? », se crée actuellement au théâtre Le Molière de Bordeaux. A travers cette pièce Norbert Sènou porte un message d’amour et de fraternité : « laissons les préjugés et allons à la rencontre de l’autre. Car l’essentiel n’est pas dans les apparences, mais ailleurs ». Il se produit cet été à Bordeaux, Paris, Cotonou et Ouagadougou. Une fois encore, Norbert Sènou travaille cette création avec exigence et intelligence. Parce que « lorsqu’on est Béninois, il faut être de la culture du Quartier Latin », formule l’artiste. Avec cette précision, dont il a le secret.


